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Achiata Djiman et Ya Mutualé sont membres d’Africa 50 Lyon, un collectif d’associations de cultures africaines et caribéennes en Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis maintenant plus de 10 ans, ils s’engagent à l’approche des scrutins présidentiel et législatif pour inciter leurs concitoyens à se rendre aux urnes. Ils retracent pour Africanews un engagement à faire vivre la démocratie française qui trouve sa source dans leur histoire entre le Congo, la République Démocratique du Congo en passant par le Bénin.

Vous avez lancé l’initiative citoyenne « Voter c’est exister » en 2010, dans quel but ?

Ya Mutualé, Chargé de mission Africa 50 Interculturalité : Au départ, ce qui est devenue une campagne citoyenne était une initiative à l’attention des membres de nos associations. Cela devait être une manifestation qui se limitait au cinquantenaire des indépendances des pays d’Afrique sub-saharienne dont la majorité d’entre nous sommes originaires. Nous avions voulu marquer le coup pour réfléchir sur le passé, les indépendances, et nous demandant où elles nous avaient conduits pour discuter du futur qui pouvait attendre les démocraties africaines.

De plus, nous avions constaté un certain désintérêt, une sorte de déception au sein de nos communautés. Les personnes étaient blasées notamment par rapport à la politique française à l’égard de l’Afrique et de l’Afrique subsaharienne. Après cette manifestation, nous avons perçu une demande, car cette proposition spécifique manquait dans l’offre culturelle de notre métropole. En parallèle, nous nous sommes rendus compte que le désintérêt grandissant pour ‘le politique’ était général en France. Nous nous sommes alors constitués en collectif d’associations et nous nous mobilisons depuis à toutes les échéances présidentielles et législatives

Inciter vos concitoyens de toute origine à aller voter est donc devenu un forme d’engagement pour vous ?

Achiata Djiman ; chargée de mission, coordinatrice responsable de la campagne voter c’est exister : En effet, c’est une chose qui nous tient particulièrement à cœur ! Nous avons réfléchi à une manière de porter cette action pour que notre engagement citoyen ait un impact sur le territoire de notre région. Ainsi, nous sommes devenus des bâtisseurs de la citoyenneté. Car la citoyenneté passe par le vote, elle ne se limite pas aux papiers qui attestent que nous sommes Français. La citoyenneté est un engagement, le citoyen a des devoirs, dont celui de faire vivre la démocratie.

L’abstention sévissant, il était primordial pour nous d’éveiller les consciences, de stimuler chaque citoyen à exercer ce pouvoir qu’il a de choisir. Mais aussi de les inciter à vérifier s’ils étaient toujours inscrits sur les listes électorales. Nous sommes donc allés à la rencontre des habitants, sans savoir qui avait la citoyenneté ou qui ne l’avait pas. Nous avons abordé tout le monde et ceux qui nous disaient détenir d’autres nationalités ont pris le temps de nous écouter et d’échanger sur l’importance du vote. Si on n’a pas toujours cela en vue, un bulletin, plus un bulletin, plus un bulletin, cela fait une somme de bulletins. A l’issue du dépouillement, un citoyen peut dire fièrement un ou une telle a aussi été élu grâce à ma participation.

Dans quels lieux votre démarche s’est-elle concentrée cette année ?

Y.M : Lorsque nous avons lancé la campagne au mois de décembre, nous sommes allés au quartier de La Guillotière qui est un des quartiers emblématiques des diasporas de Lyon depuis la période qui a vu arriver les Italiens jusqu’aux diasporas asiatiques et africaines aujourd’hui représentées de façon significative. Nous nous sommes rendus au niveaux des bouches de métro et des transports publics, nous avons fait les épiceries, le marché du 8eme arrondissement de Lyon, les magasins de produits d’ailleurs.

Au cours de ces pérégrinations, nous avons rencontré d’autres associations dont le centre social Bonnefoi et avec eux nous avons organisé l’activité que l’on a baptisé l’arbre à palabres. C’était une référence aux cultures et sociétés africaines où la palabre est une véritable institution et dont l’objectif est de permettre la rencontre, l’expression des problèmes, le partage de ce qui va bien avec pour objectif de réguler la vie sociale. Nous avons ainsi pu rencontrer des élus, des habitants, des publics scolaires. Cela a donné lieu à des échanges édifiants.

Votre contribution pour vos pays de cœur passe alors par votre vote et, plus largement, par vos engagements au quotidien ?

A.D : Il faut d’abord se concerter sur ce qu’il se passe sur le territoire où nous vivons, là où nous sommes chez nous. On s’engage d’abord ici, car participer à la gestion de la cité nous revient, nous n’avons pas le droit de nous exclure nous-mêmes : chacun a une part à prendre. Nous avons vu ces derniers mois les changements de régime politiques dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest. Nous avons vu une démocratie en échec. Je me résous donc à voir comment œuvrer pour que la démocratie vive ici. Il me semble que si l’on veut faire en sorte que les gens se disent que la démocratie est une bonne voie, nous avons à nous engager à renforcer la démocratie ici. Afin de faire en sorte que les gens soient conscients que le peuple, peut, seul, avoir le pouvoir; que les droits des citoyens peuvent être respectés et qu’un renouvellement politique est possible.

En plus des préoccupations que vous partagez avec vos concitoyens comme la santé, le pouvoir d’achat… Existe-t-il d’autres thématiques auxquelles vous êtes plus sensibles du fait de vos cultures plurielles ?

Y.M : J’aime à dire comme les anciens avant moi : « Nous sommes de là d’où nous venons comme nous sommes de là où nous habitons ». Cette double appartenance- je suis de la première génération d’immigrés- nous donne une double conscience. Nous avons conscience qu’il nous faut prendre pleinement notre place et notre rôle ici et nous partageons les vicissitudes, les joies, les bonheurs, difficultés et les ratés des pays d’où nous sommes venus.https://www.youtube.com/embed/HOBDwuv0c18

Nous sommes aussi des acteurs économiques parce que nous restons solidaires et nous participons à la vie et à l’économie de nos familles et de population là-bas. Je pense notamment à la contribution des diasporas sur le plan financier qui est régulièrement soulignée en vis-à-vis des aides publiques au développement. Nous sommes donc sensibles au regard que nos concitoyens portent sur l’Afrique et les Africains et plus particulièrement au regard et au traitement que les prétendants à la magistrature suprême ou à la députation portent sur les pays africains.

Quelle est votre aspiration pour la France pour les cinq prochaines années ?

A.D : L’interculturalité est une des thématiques pour laquelle j’aimerais voir des changements à l’avenir. Quand d’aucuns disent que l’interculturalité est un danger, aujourd’hui, au XXIe siècle, je me désole d’une telle ignorance. J’aimerais que chacun puisse remarquer la contribution de l’interculturalité dans ce qui fait la culture et la France d’aujourd’hui.

Y.M : En effet, un de nos défis est de travailler pour que nos concitoyens n’aient pas peur de la diversité mais puissent voir en l’autre une opportunité d’alliance, d’amitié, de partenariat. Les cultures africaines nous donnent l’intuition que l’étranger peut, à prime abord, représenter soit un danger soit une chance. A nous de saisir la chance pour qu’elle l’emporte

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