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ENTRETIEN AVEC MADAME LA DIRECTRICE GENERALE DE L’AGENCE NATIONALE DE LA PETITE ENFANCE ET DE LA CASE DES TOUT-PETITS

Quelle est la vision du chef de l’état par rapport aux questions de la Petite Enfance ?

Vous savez, Son Excellence, Monsieur Macky SALL, Président de la République, à travers l’axe 2 du Plan Sénégal Emergent, portant sur l’investissement dans le capital humain et la promotion de la protection sociale, accorde beaucoup d’importance au développement de la petite enfance. C’est pourquoi la Politique nationale de Développement intégré de la Petite Enfance, articulée à ce référentiel, vise, dans une approche à la foi holistique et intégrée, à prendre en charge l’enfant dans un continuum,de la conceptionà l’âge de 5 ans.Il s’agit d’assurer, durant cettepériode, à tous les enfants sénégalais, issus en priorité de milieux défavorisés, l’accès à des services adéquats et intégrés, selon une approche participative, inclusive, pour que chacun d’entre eux soit pris en charge dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éveil psychosocial, de l’éducation, du développement, de la protection, de l’insertion sociale et de la réalisation personnelle

En finalité, le paquet de services à délivrer à chaque enfant sénégalais devrait promouvoir ses droits, en le mettantà l’abri notamment des maladies, de la malnutrition, de l’analphabétisme, ainsi que de toute forme de violence, d’abus et exploitation.

D’ailleurs, c’est dans cette optique que le chef de l’Etat,lors des Assises de l’Education et de la Formation tenu le 6 août 2015, a érigé en directive présidentielle, la généralisation la prise en charge de la petite enfance.

Quelle est la feuille de route de l’Agence Nationale de la Petite Enfance et de la Case des Tout-petits (ANPECTP)?

Je voudrais tout d’abord rappeler que l’Agence nationale de la Petite Enfance et de la Case des Tout-petits (ANPECTP), a été créée pour mettre en œuvre la Politique nationale de Développement Intégré de la Petite Enfance (PNDIPE). A ce titre elle est chargée deprogrammer, réaliser, équiper, réhabiliter et assurer le fonctionnement et le suivi-évaluation de toutes les structures publiques et communautaires de prise en charge de la petite enfance, à savoir les cases des tout-petits, lesécoles maternelles publiques et les garderies ou centres d’éveil communautaires.Dans ces Structures de Développement intégré de la Petite Enfance (SDIPE), l’ANPECTP assure la prise en charge holistique et intégrée des enfants âgés de 0 à 5 ans, à travers un paquet de services qui permet de satisfaire les besoins de développement de l’enfant en matière notamment d’éducation, d’éveil et de stimulation précoces, de santé nutrition, et de protection.

Dans le cadre de la mise en œuvre de ses missions, l’ANPECTP dispose d’une feuille de route déclinée à travers un plan stratégique de développement étalé sur 5ans et des plans de travail annuels.

Présentement, il s’agit d’élargir l’accès aux services de la petite enfance et d’améliorer l’environnement et la qualité des apprentissages précoces ainsi que de la gouvernance des structures DIPE, à travers les actions phares ci-après :

  • Accélérer la mise en œuvre duprogramme national de construction, d’équipement des cases des tout-petits et de réhabilitation des structures DIPE ;
  • Améliorer la réglementation de l’ouverture et de l’organisation de toutes structures de prise en charge holistique et intégrée des enfants âgés de 0 à 3 ans, à travers un décret qui fixe les conditions ;
  • Développer l’approche communautaire, notamment par la redynamisation des comités de gestion des structures de DIPE;
  • Renforcer l’équipement des structures DIPE ;
  • Mettre en œuvre le programme d’éducation parentale ;
  • Développer le plaidoyer auprès des collectivités territoriales pour la prise en charge effective de la petite enfance qui fait partie des compétences qui leur sont transférées ;
  • Améliorer l’état nutritionnel des enfants, notamment par la pérennisation des cantines préscolaires, à travers le développement d’initiatives communautaires;
  • Renforcer les capacités des personnels d’éducation et d’encadrement, surtout en éveil et stimulation précoces des enfants de moins de 3 ans ;
  • Développer le partenariat public/privé pour le financement des différents projets et programmes (construction de structures DIPE, TICE, santé-nutrition, formation, etc.) ;
  • Elaborer et mettre en œuvre un programme TICE adapté aux réalités socioculturelles du pays ;
  • Développer desstratégies pour faire face aux crises (covid 19)

Pouvez-vous nous faire l’état des lieux du Développement Intégré de la Petite Enfance(DIPE) au Sénégal ?

Au Sénégal, le Développement Intégré de la Petite Enfance(DIPE) est érigé en priorité ; ce qui a permis au sous-secteur de faire des bons qualitatifs. En effet, le Taux de préscolarisation (TBPS) est passé de 2,7% en 2000 à 17,7% en 2021, et l’Etat ambitionne un TBPS de 64, 6% et une prise en charge 15% d’enfants âgés de 0 à 3 ans, à l’horizon 2030. Dans ce cadre , l’Etat met en œuvre,en plus dela Politique Nationale de Développement intégré de la Petite Enfance, d’autres documents, notamment la Politique Nationale de Développement de la Nutrition (PNDN), la Stratégie Nationale de la Protection de l’Enfance (SNPE), la Stratégie Nationale de la Protection Sociale (SNPS), le Plan Stratégique pour la Survie de l’Enfant (PSSE) et la Lettre de Politique générale du Secteur de l’Education et de la Formation(LPGS-EF) opérationnalisée par le Programme d’Amélioration de la Qualité, de l’Equité et de la Transparence (PAQUET-EF).
Au niveau de l’accès, plusieurs actions d’élargissement sont menées, notamment la construction de cases des tout-petits, de classes préscolaires dans l’élémentaires, mais aussi la mise en place d’initiatives communautaires avec l’appui des collectivités territoriales (classes préscolaires pour enfants de 5 ans). A cela s’ajoute les actions des Organisations non gouvernementales (ONG). Au total, l’Agence gère aujourd’hui 1852 Structures de Développement intégré de la Petite Enfance (SDIPE) qui enrôlent 140.947 dont 73.923 filles et 67.023 garçons. Ces structures DIPE accueillent également 32.109 enfants âgés de 0 à 3 ans non révolus
Concernant la qualité, l’environnement des structures s’est beaucoup amélioré, avec l’équipement et l’aménagement des aires de jeu, surtout dans le cadre des projets qui accompagnent le sous-secteur. Aussi, la formation initiale et continue des éducateurs s’est considérablement renforcée et la petite enfance bénéficie d’un curriculum qui est en train d’être rénové avec la mise à disposition d’outils.Au niveau de la santé et de la nutrition, beaucoup d’activités sont déroulées dans nos structures, notamment la supplémentation en vitamine, le déparasitage, le suivi promotion de la croissance, le dépistage et la prise en charge de la malnutrition, l’éducation nutritionnelle, l’installation de périmètres maraichers et la redynamisation des cantines scolaires, avec l’appui du Conseil national de Développement de la Nutrition (CNDN) et du Ministère en charge de la Santé. C’est dire que l’approche holistique et multisectorielle dans la prise en charge de la Petite Enfance, est une réalité.
Malgré tous les efforts consentis par l’Etat et les résultats encourageants obtenus, le sous-secteur demeure confrontéà plusieursdéfis portant sur les trois grandes composantes de la Politique de Développement intégré de la Petite Enfance, à savoirl’amélioration de l’accès aux services, de l’environnement et de la qualité des apprentissages ainsi que de la gouvernance des structures.
Cependant, avec les opportunités qui découlent d’une volonté politique manifeste, des partenaires techniques et financiers engagés pour la petite enfance, comme la Banque Mondiale, l’UNICEF et la Coopération internationale coréenne, de l’Acte 3 de la décentralisation, de l’existence d’une forte population pré-scolarisable, de la forte demande des populations, ces défis sont en train d’être relevés pour une meilleure prise en charge des tout-petits de notre pays.


Quelles sont les réalisations phares, surtout en chiffre, de l’ANPECTP, en 2021 ?
D’abord, il faut préciser que l’ANPECTP finance essentiellement ses activitésdans le cadre de l’exécution de son budget. Mais elle bénéficie également du financement de bailleurs pour mettre en œuvre certains projets. Il s’agit surtout du Projet Investir dans les Premières Années pour le Développement Humain au Sénégal, 2018-2024 (PIPADHS), financé par la Banque mondial, pour un montant de quarante-deux milliards (42 000 000 000) FCFA et le Projet de Développement de la Petite Enfance au Sénégal : Education de la Petite Enfance et Préparation Scolaire, 2019-2023, financépar la République de Corée, à travers l’Agence de Coopération internationale de Corée (KOICA), pour un montant de deux milliards huit cent soixante-quatorze millions deux cent soixante-douze mille (2 874 272 000) FCFA.
Maintenant, parmi les réalisations phares, en chiffre, de l’ANPECTP, en 2021, on peut citer :

  • 174.630 enfants composés de 32.109 âgés de 0 à 2 ans dont 17.433 filles et 142.521 âgés de 3 à 5 ans dont 74.697 filles ont bénéficié de services dans 2.147 structures (854 cases des tout-petits, 426 écoles maternelles publiques, 572 centres d’éveil ou garderies communautaires et 295 groupes de jeux) ;
  • 75 685 enfants dont 24.943 de la petite section, 25.703 de la moyenne section et 25.039 de la grande section soit 53,10% des enfants préscolarisés ont bénéficié d’un cahier d’activités pour renforcer la qualité des enseignements/apprentissages. L’acquisition des cahiers a été possible avec l’appui des projets PIPADHS (65 485 cahiers d’activités), DPE/KOICA (2 140 cahiers d’activités) et la contribution des parents pour 8060 cahiers d’activités ;
  • 680 animateurs polyvalents bénévoles ont bénéficié d’une formation continue diplômante dans les CRFPE de Dakar, Kaolack, Thiès et Kolda ;
  • 151 membres des collectifs départementaux des encadreurs de la petite enfance dont 72 femmes ont bénéficié d’un renforcement de capacités sur l’utilisation des outils de suivi-encadrement des enseignants des structures de développement intégré de la petite enfance ;
  • 33 comités de gestion (CGE) des cases des tout-petits en cours de construction ont été mis en place ou renouvelés ;
  • 7 journées de plaidoyer, de sensibilisation des élus locaux sur le développement intégré de la petite enfance en faveur des zones et populations défavorisées organisées ont permis de sensibiliser 772 membres des communautés dont 417 femmes. Parmi les personnes ciblées au cours de ces journées, il y a eu 68 élus locaux, 43 chefs de village, 4 guides religieux dont 3 imams et 1 curé et 63 membres de CGE ;
  • 2 ateliers organisés dans les départements de Dagana et de Louga ont permis de renforcer les capacités de 28 élus locaux sur le développement intégré de la petite enfance et d’obtenir des contrats d’engagement signés par les maires ;

  • Elaboration d’un guide d’éducation religieuse pour améliorer l’enseignement religieux dans les structures de Développement intégré de la petite enfance ;
  • 1102 éducateurs dont 550 femmes ont bénéficié de renforcement de capacités en didactique du préscolaire, 179 dont 91 femmes en confection de matériel didactique, 1132 dont 644 femmes en santé nutrition et 182 dont 84 femmes en stratégie d’encadrement. Au cours du premier semestre, 498 éducateurs dont 498 femmes ont bénéficié de renforcement de capacités en lecture précoce, 439 dont 347 femmes à la didactique des mathématiques et 158 éducateurs dont 96 ont bénéficié d’un renforcement de capacité sur la protection des enfants ;
  • 737 responsables de structures DIPE (323 de cases des tout-petits, 126 des écoles maternelles publiques, 106 des centres d’éveil ou garderies communautaires, 182 des structures privées) et 2.950 personnels éducateurs ont bénéficié d’un suivi-encadrement. Il s’agit de 684 responsables de structures DIPE, 1189 Educateurs et éducatrices, 400 animateurs communautaires et 677 éducatrices des structures privées. Les cellules d’animation pédagogique polyvalente ont fonctionné correctement par la tenue de 1265 séances sur les 1446 prévues soit un taux de réalisation 87,48% ;
  • 26 996 enfants ont été pesés, 56 344 dépistés, 1019 enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée ont été pris en charge dans les structures DIPE et 77 enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère ont été référés, dans le cadre du suivi promotion croissance.

Propos recueillis par Ismaila Badji

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